La plus ancienne église aurait été construite au 10ème siècle sur la rive gauche de l’Arve et placée sous le patronage de Saint Martin. Elle était l’église de la « paroisse du Lac » dont le territoire s’étendait sur les deux rives de ce torrent qui formait la frontière entre la baronnie du Faucigny rive droite et les domaines dépendant du Prieuré de Chamonix , rive gauche .
En 1337, les paroissiens décidèrent de l’édification d’une nouvelle église sur la rive droite de l’Arve : son territoire paroissial restait le même, mais il échappait à la juridiction du Prieuré de Chamonix.
En 1471, un effroyable éboulement de la montagne des Fiz , en barrant le lit, fit monter les eaux de l’Arve et détourner son cours. Il ne fut pas question de restaurer l’église, car le torrent coulait maintenant à droite de l’église qui du coup se retrouvait dans le domaine du Prieuré.
L’église se trouve aujourd’hui au Bouchet, à la place d’ une chapelle dédiée à Saint Luc , définitivement à l’abri des caprices de l’Arve et… du Prieuré.
C’est donc en 1537 qu’elle devint , avec une seule travée de nef , l’église paroissiale de Servoz et de ses six hameaux voisins sous le patronage de Saint-Loup dont un habile artisan sculpta l’ effigie sur le portail. On le voit foulant aux pied un dragon. Certains pourraient penser qu’il était le symbole des torrents aux caprices très redoutés. Il représente plutôt Attila , le roi des Huns que l’évêque de Troyes fit reculer devant sa ville.
A la fin du 17ème siècle, en raison de l’explosion démographique , mes paroissiens décidèrent de l’agrandir en ajoutant deux travées rectangulaires à l’église d’origine. Devenue « majeure », en 1697, elle fut inaugurée le 30 août 1702 lors de sa consécration par l’évêque d’Annecy Mgr Rossillon de Bernex.
En 1746 un nouveau clocher vient compléter l’ édifice .
On dit que cette église fut l’une des toutes premières de la région, avec Passy, à inaugurer la période baroque.
Le 23 de ce mois c’est le décret de l’annexion de la Savoie à la France. Le 28 , les biens du clergé et les églises sont confisqués . A Servoz , le curé Jean Baptiste Galland fut sans doute la première victime de la Révolution en Savoie . Mobilier, archives disparaissent. Le clocher est rasé.
Le clocher fut rebâti mais, nouveau coup dur, la foudre s’abattit sur sa flèche en 1853. Des dons volontaires et des souscriptions permirent sa reconstruction sous la forme qu’on lui connaît aujourd’hui . Les inondations du torrent de la Planchette remplirent les alentours d’alluvions. C’est pour cela que de 2 marches à monter pour rentrer dans l’édifice on est arrivé à 2 marches qu’il faut descendre.
Un coup d’œil général d’abord : on peut remarquer que toutes les colonnes qui encadrent les autels sont droites. Cette caractéristique jointe à d’autres détails moins évidents montre que le décor intérieur est de style néo-classique.
Le maître autel, quoique séparé du retable, forme avec lui un ensemble équilibré agréablement dominé par la voûte extrême du chœur ou réseau en étoile . Les autels latéraux complètent comme il se doit l’ordonnance qu’on retrouve dans les églises savoyardes qui eurent la chance de sauvegarder leurs décors d’origine.
Le maître autel, autrefois accolé au retable majeur, en formait le registre inférieur. Il est dominé par le tabernacle qui comporte de chaque côté deux panneaux ornés de motifs sculptés encadrés de colonnettes. La porte du tabernacle a pour thème le pélican , symbole ancien du Christ donnant sa vie pour l’humanité.
Le retable présente un registre médian ou « principal » et un registre supérieur ou « attique » ( couronnement décoratif ). Le registre médian est consacré à la Vierge qui figure dans le panneau central apparaissant à St François de Sales et à St Loup, personnages que l’on retrouve à coté sous forme de statues installées dans des niches à draperies.
Les colonnes droites qui encadrent les trois parties de ce registre sont surmontées de chapiteaux composites supportant un entablement décoré.
Dans le registre supérieur, on distingue une colombe, symbole de l’Esprit Saint situé au centre d’une couronne ornée de têtes d’angelots et entourée de rayons en faisceaux.
L’ensemble est surmonté par un dais accolé de « pots à fleurs « ( et non de pots à feu du baroque ) d’où partent des guirlandes retenues à leur extrémités par des anges debouts.
Les autels latéraux ont été construits (ou restaurés) en 1845. Celui de gauche est consacré à Notre Dame du Rosaire. La partie centrale est un tableau représentant une Madone à l’enfant entourée de quinze médaillons sur lesquels sont figurés les mystères auxquels participe la Vierge. Sous ce tableau, les paroissiens avaient installé une très belle statue de la Vierge à l’enfant de style baroque populaire savoyard du 18ème siècle. Le 31 juillet 1983 un « amateur » l’a dérobée.
Symétrique du précèdent, l’autel latéral droit est orné en son centre d’un tableau représentant Notre Dame du Bon Secours . Il est daté de 1661 et signé Jean-Claude Raull . C’ est une copie d’un Cranach exposé en l’église d’Innsbruck.
A la fin des années 50, les murs ont été recouverts d’un crépi bleu ciel . Suite à des recherches, des croix de consécration sont apparues. On peut discerner la croix de Saint Maurice patron de la Savoie . Lors de la réfection de la tribune une croix a été découverte plus basse que le plancher. On peut l’admirer au travers d’un verre sous la verrière ovale . Elle fait partie de la première campagne de croix bénies en 1702.
Dans la niche prés de l’autel latéral gauche , protégée par une grille , on peut contempler une vierge en bois polychrome du 13ème siècle.
La verrière située au fronton de l’église, refaite en 1993, représente les quatre évangélistes.
Le clocher a été restauré complètement en 2008.
En 2011, la voûte de la nef a été confortée , des tirants sont venus la renforcer. L’agrandissement de la tribune en béton armé réalisé à la fin des années 50 a été enlevé et des drainages périphériques ont été réalisés.
En automne 2013 la sacristie a subit une rénovation générale.
En 2021 a été réalisée la réfection complète de la toiture.
En 2024/2025, grâce au loto du patrimoine avec Stéphane Bern, l’intérieur a été entièrement refait, crépis, sols, électricité, recherche des décors muraux et décapage des 3 retables et autels pour retrouver les teintes d’origine. Tous les décors ont été retrouvés intacts. Rien n’a été refait.